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La télé fait Le Point!

Publié le 09/10/2008  N°1882 Le Point

Éric Maitrot

Deux émetteurs pour trois !

Le CSA a auditionné, le 23 septembre à Paris, les porteurs de projets lillois candidats aux fréquences régionale et métropolitaine. Il devra trancher début novembre entre trois visions bien contrastées de la télévision locale.

le 23 septembre se sont déroulées devant le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), à Paris, des auditions très attendues. Trois projets lillois en lice pour l’attribution des fréquences numériques terrestres des émetteurs de Bouvigny (émetteur régional) et Lambersart (émetteur métropolitain) ont été passés au crible. Les premiers à plancher devant les neuf conseillers ont été les représentants du dossier Grand-Place, candidats à l’émetteur de Bouvigny. Leur audition s’est déroulée sans anicroche notable. Jacques Hardoin, PDG du groupe Voix du Nord, a présenté son entreprise comme « la référence naturelle dans le domaine de l’information dans le Nord-Pas-de-Calais ». Ce point promettait justement de faire débat, puisque

l’attribution de la fréquence régionale au grand groupe de médias lillois aboutirait à renforcer sa position dominante. Mais, à la grande surprise des dirigeants de La Voix du Nord , la question clé du pluralisme ne fut pas soulevée par les conseillers.

Le premier projet,

celui de Grand-Place, présenté par Jean-Michel Lobry, futur patron de la chaîne, repose sur trois mots d’ordre : « informer, distraire, échanger ». Lobry a plaidé la cause d’une chaîne généraliste « plus multilocale que régionale », dotée d’un budget de lancement de 3 millions d’euros en 2009. Daniel Percheron, président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, ironisant sur le temps qui lui était imparti, a alors relevé que « deux minutes trente, c’était une éternité pour dire oui à ce partenariat public-privé » . D’autant qu’il prévoit une prise de participation de 500 000 euros de la région au capital initial du holding ainsi qu’un engagement de 3 millions d’euros annuels dans un programme de coproduction.

Cette question particulièrement sensible n’a pas non plus été creusée par le CSA, lequel a peut-être jugé suffisants les engagements pris dans le dossier (charte éditoriale renforcée par la vigilance d’un comité d’éthique composé de personnalités locales). L’indépendance éditoriale de cette future chaîne constitue un des paramètres incontournables pour le CSA. A cet égard, Jean-Michel Lobry a expliqué début septembre au Point qu’il se sentait prêt. « L’équilibre financier d’une chaîne locale passe obligatoirement par un apport des collectivités, nous a-t-il confié . Mais mon boulot sera ensuite d’assurer l’étanchéité de ma rédaction. Des pressions, il y en aura, c’est sûr. Toutefois, titulaire d’une carte de presse, je n’ignore pas que, si je cède à ça, nous courons à l’échec ! »

Le deuxième dossier

examiné par le CSA a été défendu par les porteurs du projet Grand Lille TV, candidats à l’émetteur de Lambersart et éventuellement de celui de Bouvigny. Bruno Lecluse, PDG du groupe Télé Melody, a tenu à marquer sa différence. « Avec notre budget annuel de 2 millions d’euros, a-t-il plaidé, nous voulons créer une chaîne d’info continue destinée exclusivement à l’agglomération lilloise ! » Au moment de présenter ses actionnaires, tous privés, Bruno Lecluse a lâché un nom longtemps gardé secret, celui de Michel Seydoux. Le président du LOSC, qui détiendra 40 % du tour de table au titre de la société LOSC Lille Métropole, s’est montré « très séduit » par ce projet. Il compte lui apporter ses « trente ans d’expérience dans les médias ». A la suite de cette présentation, les conseillers du CSA se sont montrés plus circonspects, voire dubitatifs, notamment sur les effectifs annoncés de la rédaction (six journalistes) et sur la grille très allégée du week-end. A quoi le patron de Grand Lille TV a répondu, s’appuyant sur ses actionnaires, qu’il n’excluait pas de renforcer ses équipes. « Dès que le plan d’affaires le permettra… », a-t-il admis, in fine…

Le troisième projet,

porté par Régis Verley, PDG de la société Télé Lille, société coopérative d’intérêt collectif, ambitionne de lancer une « télévision métropolitaine, citoyenne et de proximité » . Soucieux d’assurer « le pluralisme de l’audiovisuel lillois », il est conscient de la modestie des moyens (budget annuel de 1 million d’euros) mais compte bénéficier de « synergies ». Régis Verley a notamment été interrogé sur l’éventuel soutien de la communauté urbaine de Lille. Il a reconnu qu’il devait à ce jour se contenter d’un « courrier de soutien » de Martine Aubry, du 15 mai 2008. Mais, selon lui, le soutien de la métropole « ne fait pas de doute ».

Désormais, les neuf conseillers ont quelques semaines pour faire leur choix. Il leur revient de départager non pas trois chaînes concurrentes mais bien trois projets d’entreprise adossés à trois philosophies fort différentes.

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